Résumé
1. La grippe A est très contagieuse, mais aussi très légère,
plus légère que la grippe annuelle (grippe saisonnière).
2. Face à la grippe A, nous devons nous comporter avec prudence
et sérénité, comme nous le faisons en cas de grippe
saisonnière. Le recours au médecin ne s’impose que
dans les cas d’atteinte grave (toux sanguinolente, altération
importante des capacités respiratoires).
3. Les médicaments antiviraux tels que Tamiflu et Relenza ne protègent
pas de la grippe A et ont des effets secondaires importants. Ils ne sont
pas non plus utiles dans le traitement de la grippe contractée
par des patients par ailleurs en bonne santé, et leur emploi doit être
réservé aux cas graves.
4. Le vaccin contre la grippe A est expérimental, et actuellement,
nous ne savons rien ni de son profil de sécurité ni de
son efficacité.
5. La mortalité a été relativement peu importante
lors des pandémies grippales survenues après la généralisation
des antibiotiques, puisque ceux-ci ont pu être utilisés
pour traiter les pneumonies qui compliquent la grippe. Lors des pandémies
précédentes, il n’y a pas eu de deuxième “vague” avec
un virus qui serait devenu plus agressif.
6. En plus de la grippe A, les structures de soin doivent pouvoir continuer à prendre
en charge tous les malades aigus et chroniques habituels, et il est important
que des patients souffrant d’une grippe A légère
ne saturent pas les capacités des cabinets médicaux et
des établissements de soins.
De
quoi s’agit-il
?
La grippe est une affection virale qui survient habituellement pendant
l’hiver, sous forme d’épidémie - épidémie
saisonnière - qui peut toucher une partie importante de la population.
Comme le dit très bien cet adage, “la grippe dure sept
jours avec un traitement, et une semaine sans lui.” Cette affection
bénigne s’accompagne de fièvre et de symptômes
variés tels que maux de tête, douleurs musculaires, nausée,
diarrhée et inconfort général, ce qui nécessite
un repos de quelques jours. Un éventuel traitement viserait à soulager
les douleurs et l’inconfort, et non pas à baisser la fièvre,
car il n’y a pas de raison de le faire, même chez les enfants.
Malgré la nature bénigne de la grippe, il a été démontré que
la mortalité augmente chez les malades, et cette augmentation
connaît deux pics annuels : l’un pendant l’été,
surtout pendant les jours de canicule, et l’autre pendant l’épidémie
saisonnière de grippe hivernale. C’est ce qui justifie les
recommandations de vaccination contre la grippe ; cela dit, l’utilité des
vaccins est controversée.
L’épidémie de grippe A qui a commencé au Mexique
en 2009 est moins grave que l’épidémie saisonnière
habituelle. Cette grippe A se propage facilement, et c’est pourquoi
on parle de “pandémie”, puisqu’elle pourrait
affecter jusqu’à la moitié de la population. Mais
ce potentiel élevé de contagion de la grippe A ne veut
rien dire sur sa gravité, et, de fait, elle est moins grave que
toutes les précédentes épidémies de grippe.
Elle touche certes beaucoup de monde, mais provoque bien moins de décès
que la grippe annuelle. Les chiffres varient selon les sources de données,
mais, au Royaume-Uni, par exemple, il y a eu seulement 30 décès
sur les centaines de milliers de cas [confirmés ou supposés,
NdT]; aux Etats-Unis, 302 personnes sont mortes alors qu’il y a
eu un million de cas. Pendant l’hiver austral, qui correspond à l’été en
Espagne, la grippe A a fait environ 350 morts en Argentine, 128 en Australie,
105 au Chili et 15 en Nouvelle-Zélande. L’hiver austral étant
quasiment fini, on peut parler en tout de 2.396 décès de
par le monde. Pour mieux comprendre les chiffres, il faut les situer
dans le contexte: ainsi, rappelons qu’en Espagne, la grippe saisonnière “normale” fait
entre 1.500 et 3.000 victimes chaque hiver.
Nous avons connu plusieurs pandémies. La plus mortelle d’entre
elles, celle de grippe dite “espagnole” de 1918, a fait des
victimes surtout à cause des pneumonies bactériennes [surajoutées]
survenues chez les pauvres, chez les personnes mal nourries, vivant dans
des habitations surpeuplées, insalubres et mal protégées
du froid. Les deux pandémies suivantes, qui ont eu lieu en 1957
et en 1968, ont fait moins de morts, entre autres grâce à l’existence
des antibiotiques pour traiter les pneumonies bactériennes.
A regarder de près les pandémies grippales des siècles
précédents, de 1510 à nos jours, on constate qu’il
n’y a jamais eu de contamination simultanée et complète
de toute la population - c’est-à-dire à 100% -, et
que, dans les cas de pandémies peu virulentes qui ont connu une
deuxième “vague”, celle-ci n’a jamais été plus
agressive que la première.
Quoi
faire face à la
grippe A ?
En 2005, les prévisions de l’OMS [organisation mondiale
de la santé] disant que la grippe aviaire pourrait tuer jusqu’à 7
millions de personnes ont déclenché une vague de panique à travers
le monde entier. Et pourtant, on n’a enregistré que 262
morts, ce qui montre à quel point l’erreur de prévision était
gravissime. Il ne faudrait pas répéter la même erreur
en 2009, face à la grippe A, et il est donc essentiel d’éviter
la panique. Par ailleurs, la réaction de panique devant la grippe
A est proprement absurde, puisque même si jamais elle en vient à affecter
beaucoup de monde, elle n’aura qu’un impact faible dans la
grande majorité des cas.
La conduite qu’il convient d’adopter devant la grippe A est
celle que nous avons devant n’importe quelle grippe : prudence
et sérénité. Avec une bonne hydratation, une bonne
alimentation et une hygiène correcte. Il ne faut s’adresser
aux médecins qu’en cas de symptômes sévères
tels les troubles respiratoires graves ou une toux sanguinolente. Il
faut bien entendu éviter d’en “faire cadeau” à l’entourage
en lui toussant en plein visage, éviter de se tapoter le nez et
d’éternuer la bouche ouverte. Si on n’a pas de mouchoir,
il vaut mieux éternuer dans les manches des vêtements. Et,
bien entendu, il ne faut pas oublier de se laver soigneusement les mains
après s’être mouché, comme avant de manger
ou après un passage aux toilettes.
Le virus s’élimine par les mucosités nasales, habituellement
pendant les cinq premiers jours de la maladie. Le port de masques ne
semble pas être utile pour prévenir la propagation, donc
l’épidémie. Cependant, il vaut mieux limiter les
contacts avec l’entourage pendant ces premiers jours, comme pour
n’importe quelle grippe. Quant à la grossesse, il n’y
a rien de spécial à dire, puisque la grippe A ne pose pas
plus de problèmes et que ses formes ne sont pas plus graves chez
les femmes enceintes. La grippe A n’empêche pas de tomber
enceinte.
Il n’existe aucun traitement préventif, et les médicaments
prescrits contre la grippe A – qu’il s’agisse de l’oseltamivir
[Tamiflu] ou du zanamivir [Relenza] n’ont aucun effet de prévention
de la maladie. Chez les malades non plus, ces mêmes médicaments
n’ont quasiment pas d’utilité, puisqu’ils ne
feraient que réduire d’une demi-journée la durée
de la maladie. De plus, il n’y a pas d’études démontrant
leur efficacité contre la grippe A en particulier. Sans parler
du fait qu’ils ne sont pas dénués d’effets
secondaires. Ainsi, la moitié des enfants traités à Londres
par oseltamivir [Tamiflu] ont subi des effets indésirables : il
s’agissait pour la plupart de vomissements. Des réactions
adverses neuropsychiatriques ont été constatées
dans 18% des cas.
Un traitement antiviral pourrait peut-être avoir une utilité chez
les personnes gravement atteintes ou alors souffrant de maladies chroniques
sévères, mais il n’est pas utile de façon
générale chez les adultes ou chez les enfants en bonne
santé.
Le vaccin contre la grippe n’a que peu d’utilité chez
les enfants et les adolescents, puisque son efficacité ne dépasse
pas les 33%. Il est complètement inutile chez les enfants de moins
de deux ans. Par ailleurs, son efficacité est controversée
chez les adultes et les personnes âgées.
Quant au vaccin contre la grippe A, nous n’en savons rien. Un vaccin
de ce genre a été fabriqué en 1976 aux Etats-Unis,
dans des conditions semblables de précipitation et de panique,
dans la peur d’une éventuelle pandémie. Et le résultat
a été une épidémie d’effets secondaires
sévères - notamment de syndromes de Guillain-Barré,
qui est une maladie neurologique grave -, obligeant à l’arrêt
de la vaccination. La précipitation n’est jamais une bonne
chose, et encore moins s’agissant de prévenir une grippe
telle la grippe A, dont le taux de mortalité n’est que très
faible.
Il ne faut pas répéter l’erreur de 1976. Dans tous
les cas, il faut exiger la signature d’un “consentement éclairé” dans
lequel seraient clairement expliqués les bénéfices
et les risques, ainsi que la façon de procéder en cas de
demandes de réparation pour effets secondaires.
Compte tenu de l’empressement à produire le vaccin, et pour éviter
les conséquences légales des problèmes de sécurité qui
résultent de cette précipitation, la responsabilité en
cas de dommages et de réclamation sera assumée par les
Etats, et non pas par l’industrie pharmaceutique.
D’autres détails à prendre
en compte ?
Les tests de diagnostic rapide de la grippe A ont une sensibilité faible,
de l’ordre de 10% à maximum 60%, ce qui veut dire que cela
n’a aucun sens de chercher à savoir si telle personne est
effectivement atteinte d’une grippe A, ou alors s’il s’agit
d’un autre type de grippe. Cela n’a pas d’importance,
puisque la conduite à tenir est la même, quel que soit le
type de grippe, et que même le test diagnostic rapide n’est
pas une preuve fiable.
A noter qu’aussi bien le virus de la grippe A que celui de la grippe
saisonnière peuvent muter, ce qui rend les vaccins complètement
inutiles.
Le vaccin contre la grippe saisonnière ne protège pas contre
le virus de la grippe A.
Et puis, à tellement parler de la grippe A, on risque d’oublier
de vérifier si les enfants et les adultes malades ne souffrent
pas (aussi) d’autre chose. En Grande-Bretagne, il y a eu des cas
d’enfants faussement diagnostiqués comme souffrant de la
grippe A, qui sont morts de méningite.
Une pandémie de grippe A ne ferait pas disparaître les crises
cardiaques, l’appendicite, l’insuffisance cardiaque, le diabète,
l’asthme, les tentatives de suicide, les fractures du col du fémur,
les dépressions, la schizophrénie, ainsi que les milliers
d’autres maladies nécessitant des soins médicaux
[qui, eux, seraient indispensables, contrairement à la mobilisation
des professionnels de santé pour une grippe bénigne, NdT].
La sérénité, la patience et la tranquillité d’esprit
des patients souffrant de grippe A sont essentielles pour que les services
de soins puissent continuer à fonctionner dans de bonnes conditions
- et pour permettre aux médecins de consacrer leurs efforts à soigner
les malades qui en ont réellement besoin, qu’ils soient
ou non touchés par la grippe A, d’ailleurs.
Nota bene Ce texte est purement informatif. Le seul
intérêt
de l’auteur est de clarifier certaines choses en rappelant l’état
de connaissances quant à la grippe A au moment où ce texte
est écrit, au moyen d’une revue de la littérature
médicale internationale à ce sujet.
L’auteur ne peut que déplorer le fait que les autorités
sanitaires, les sociétés scientifiques et médicales
et les media font passer un tout autre message à la population.
Ils doivent avoir leurs raisons.
Le
12 août 2009 à Buitrago de Lozoya (Communauté de
Madrid)
(*) Juan
Gérvas jgervasc@meditex.es www.equipocesca.org
Médecin généraliste, Canencia
de la Sierra, Garganta de los Montes y El Cuadrón (Madrid),
Espagne. Professeur invité Premiers Soins, Dépt. de
Santé Internationale, Ecole Nationale de Santé Publique,
Madrid, Espagne. Professeur honoraire de Santé Publique, Dépt.
de Santé Publique, Université Autonome, Madrid, Espagne.
Equipo CESCA, Travesía de la Playa 3, 28730 Buitrago del Lozoya,
Madrid, Espagne.
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Pharmacritique pour la traduction française
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